Et vous habitiez Paris ?
Oui avenue Franco Russe et c’est là que j’ai fait mes 1ères rencontres avec de nombreux résistants tels que : le docteur BOMBIGER, Joseph KESSEL, Pierre DAC, Anna MARLY (auteur de la musique du chant des partisans), etc. qui venaient souvent à la maison pour dîner et cela sentait bon le parfum de l’amitié.
Et par la suite, après le départ de mon père, j’ai continué la tradition des déjeuners amicaux avec le général de BORDAS, Serges RAVANEL, Pierre BOURSICOT, Maurice SCHUMANN.



Alliez-vous souvent dans l’Ain?
Quand j’étais petit, mon père m’envoyait souvent à Corveissiat (Ain) pour les vacances.
On allait souvent passer quelques jours de vacances à la ferme Guichard à proximité d’Hauteville chez Colette qui était un peu mon « chez Laurette». Je me souviens de Noëls chez Colette avec notamment Jean MIGUET, Françoise CHAVOIN. Et j’ai continué par la suite à me rendre chez elle.
Ensuite mon père fit construire la maison de Ceignes qu’il appelait en rigolant «la Ceignerie».
Mon père était plein d’humour et quand il parlait de notre 2CV fourgonnette, il l’appelait «la Rolls». Nous avons été avec «la Rolls» de l’Ain dans l’Hérault chercher des lauriers roses.
Nous nous arrêtions à Vonnas chez la Mère Blanc pour déguster ses fameuses crêpes Vonnassiennes.

Votre père souhaitait-il rentrer en politique?
Non pas du tout. La seule implication qui l’intéressait était «les questions sociales et de faire en sorte que la France puisse être au niveau de certaines nations».
Mon père était pour l’association capital, travail. C’est à dire la participation capitalisme social.
Lorsque le Général de GAULLE lui proposa d’entrer au gouvernement comme ministre, il refusa car il était pour l’indépendance de l’Algérie, alors que le Général de GAULLE hésitait encore, alors que mon père traversait une période difficile sur le plan financier. Comportement qui a disparu.
Nous vivions dans un petit hôtel à Montparnasse et quand il y avait un peu de sous, nous allions au restaurant. La journée commençait avec un petit café au café Dupont (publicité : chez Dupont tout est bon). Et ensuite mon père me disait «A ce soir, mon vieux» et j’enfourchais mon vélo pour aller de Montparnasse à la Porte des Lilas en empruntant la montée du télégraphe pour aller à l’école, ce qui me faisait traverser tout Paris.
La vanité du pouvoir ne l’intéressait pas. Mon père était gaulliste social et appréciait la « nouvelle société» de Jacques CHABAN DELMAS.
Dans le Maquis mon père n’a jamais posé de questions politiques. La seule question qui était posée à ceux qui venaient aux Maquis «voulez-vous vous battre?». Il y avait donc une liberté totale sur le plan politique.

Il n’était pas contre les politiques, il était contre les petits boutiquiers de la République, comme il les appelait, c’est-à-dire des politicards, car il n’y avait pas de place pour les ambitieux aux petits pieds.
Il considérait que lorsque l’on rentrait en politique, c’était comme rentrer en sacerdoce.
François Mitterrand
Quelles étaient ses relations avec François MITTERRAND?
En tout 1er lieu, je vous rappelle que c’est mon père qui fit savoir que F. MITTERRAND avait la francisque.
Mais pour autant, F.MITTERRAND a été dans la résistance, qu’en pensait votre père?
Quand on lui parlait de la résistance de F. MITTERRAND, il disait que son action ne justifiait pas que l’on s’y attarde.
Mon père ne lui a jamais pardonné ses relations avec René BOUSQUET.
D’ailleurs, le Général de GAULLE lui avait refusé la Croix de Compagnon de la Libération, alors que F. MITTERRAND est revenu à la charge plusieurs fois auprès du Général, tel que celui-ci l’a dit à mon père.
Par contre, mon père reconnaissait l’action de résistance de sa femme Danielle GOUZE RENAL.

L’ENA
Mon père était un homme direct pour preuve, lors d’un entretien avec le PDG d’une multinationale française, il développa sa stratégie pour obtenir le marché et le PDG lui répondit «Ecoutez-moi, mon Colonel, n’oubliez pas que je sors de l’ENA et major de ma promotion». Mon père lui répondit «Donc vous avez tout ce qu’il faut pour ne pas réussir».
Votre père était-il anti ENA?
Pas du tout, mon père n’était anti rien, mais comme il disait «quand ils sont intelligents, ils peuvent être intéressants».
Quand le Général de GAULLE a créé l’ENA, il pensait à des postes de hauts fonctionnaires et c’est tout.
Votre père était président de l’Association Nationale des Résistants de I’Air (ANRA) ?
Oui il a été aux destinées de cette association pendant de nombreuses années. Cette association comprenait de grands noms de l’aviation tels Adrienne BOLLAND traversée de la Cordillères des Andes, BELLONTE, (COSTE et BELLONTE traversée Paris/New-York), des pilotes de Normandie Niémen, et de la bataille d’Angleterre et des pilotes de !’aéropostale. Il y avait chaque année un cocktail au Grand Cercle rue de Presbourg et il y avait des popotes régulièrement aux 3 soleils (restaurant d’Orly).

Votre père a été le Président des Maquis de France ?
Oui il a été le Président de la Fédération des Maquis de France qui se trouvait rue de la Faisanderie à Paris 16e. Il a été choisi car il fut le chef de Maquis avec le plus de responsabilités: Ain, Haut-Jura et Haute-Savoie.
Le bureau se composait ainsi :
PRESIDENT
Colonel ROMANS-PETIT Compagnon de la Libération Chef des Maquis de l’AIN, du HAUT-JURA et HAUTE SAVOIE.
VICE PRESIDENT
Monsieur BROZEN-FAVEREAU Premier Secrétaire de l’Ambassade de France à Londres, Chef des Maquis Nord.
VICE PRESIDENT
Général de BENOUVILLE Compagnon de la Libération.
SECREfAIRE GENERAL
Monsieur BOURRET Directeur Adjoint du Personnel du Ministère de l’Intérieur Chef des Maquis de l’Ouest.
TRESORIER
Monsieur DES ROSEAUX Jean, médecin principal de la Marine ex-Chef du Bataillon de Vendée.
TRESORIER ADJOINT
Monsieur de BEAUMONT Ingénieur, Chef des Maquis de l’Indre et Loire.
CHEFS DE SERVICE PROPAGANDE
1° Province : Monsieur JOUBERT Capitaine, Président de l’Association des Rescapés des Glières.
Monsieur BERNARD Avocat à Montpellier, Chef Adjoint des Maquis de Corrèze.
2° Paris : Monsieur REBATTET Compagnon de la Libération, Chef National des Maquis.
CHEF DU SERVICE D’ENTRAIDE
Mademoiselle Elyette GUINEMAND Licenciée des Lettres Lieutenant AFAT
Ses Amis
- Jean-Claude SERVAN-SCHREBER
- Jacques MERCIER
- Henri NOGUERES
- Alban VISTEL
- Henri CLOS JOUVE Pt de l’Académie Rabelais
- Françoise ROSAY
- Geoffrey PARKER
- Daniel MAYER
- Richard HESLOP
- Geneviève de GAULLE
- Docteur Marc BOMBIGER
- Yvon MORANDAT
- Serge RAVANEL
- Colonel LURIN
- Général de BENOUVILLE
- Louis ARMAND
- Pierre CLOSTERMAN
- Romain GARY
- Joseph KESSEL
- Marcel DASSAULT
- Marcel BLEUSTEIN-BLANCHET
- André JACQUELIN
- Général KOENIG
- Anna MARLY
- Jacques SOUSTELLE
- Marcel ANTHONIOZ
- Fernand DAVENAS
- Charles BERAUDIER
- René CASSIN
- Jean LECOMTE
- Pierre BOURSICOT
- Laure MOULIN
- Prospère CHARVET
- Joséphine BAKER
… Etc.