C’est une longue histoire.
Mon père commandait les bases aériennes de Cannes et Nice et, le soir au diner du mess des officiers :
« à ceux qui brulaient d’impatience de combattre, je leur ai expliqué que nous devions partir le lendemain matin pour rejoindre Londres. Au rendez-vous le lendemain matin, je me suis retrouvé seul avec un lieutenant. Tous les autres s’étaient dégonflés et les gendarmes m’attendaient. Je n’ai donc pas pu partir et j’ai échappé de justesse à l’arrestation.
L’aventure m’a servi de leçon, j’ai appris ce jour-là qu’il ne fallait rien révéler de ses projets».
Donc quand il a pris la décision de faire défiler ses hommes le 11 novembre 1943, comme il me l’a dit à plusieurs reprises « Je n’allais pas recommencer la même erreur qu’à Cannes, j’ai donc fait le tour de certains camps et me suis fait présenter les hommes recommandés par leur chef de camp, mais ceux-ci ne savaient pas encore le but final, c’est-à-dire le défilé»
Il y a eu, comme tout le monde le sait, réunion chez JEANJACQUOT, chronométrage du parcours et là, je tiens à rappeler le nom de Jean LECOMTE (du commissariat d’Oyonnax), qui a eu un rôle important et qui comme toutes les personnes qui ont fait quelque chose, ne s’est jamais mis en avant et ceci dû à sa grande modestie.
Donc cet événement a eu un retentissement qui amena CHURCHILL à armer toute la Résistance française.
En effet Londres a été informé en Décembre 1943, n’oublions pas que mon père était membre du BCRA et le Colonel HESLOP membre du SOE britannique (Services secrets). Le film du défilé ne fut visionné qu’en début 1944, mais la décision d’armer la résistance française fut prise lorsque BUCKMASTER, patron du SOE, informa CHURCHILL.
Au cours de mes voyages et de mes rencontres en France, en Angleterre et aux États-Unis, le nom du Chef des Maquis de l’Ain est connu des gens qui s’intéressent à la Résistance, mais lorsque je dis «l’homme du défilé du 11 novembre 1943» énormément de gens connaissent l’exploit et j’en ai toujours été stupéfait.
Il a voulu toujours honorer les hommes du défilé et il faisait souvent des fêtes champêtres à Ceignes et notamment une, dédiée à tous ses hommes .ayant défilé et étant toujours vivants. Ils sont toujours venus sans exception voir leur PATRON, c’est comme ça qu’ils l’appelaient.
Il a été très choqué à la libération de BOURG en BRESSE de voir ces «pseudo maquisards, ces détrousseurs de gloire, ces résistants de la dernière heure» en habit tout neuf avec de jolies filles à leur bras alors que lui et ses hommes sortaient des bois, cheveux longs et, comme vous l’imaginez, dans un état bien différent. C’est pour cela qu’il se remit au travail pour établir la liste définitive de ses hommes ayant participé au défilé avec l’aide des chefs de camps dont Pierre MARCAULT.
Au cours d’un déplacement en Afrique, nous avons déjeuné avec Pierre MARCAULT, il a abordé longuement le sujet de sa liste. Mon père était un homme très précis. Cette liste était importante car il se doutait, vu le retentissement du défilé, qu’il y aurait pléthore de personnes affirmant avoir participé au défilé.
C’est pour cela qu’en souvenir de la mémoire de mon père et du profond respect que j’ai pour ces hommes qui ont fait preuve d’un grand courage, et comme il me l’avait demandé voici sa liste et il n’y en a pas d’autre.
Pourquoi la ville d’Oyonnax a-t-elle été choisie?
Mon père m’a toujours dit que pour des raisons de sécurité il a choisi Oyonnax et le capitaine de gendarmerie était favorable à la Résistance, le receveur des PTT l’était aussi ainsi que le commissaire THEVENON avec l’appui de Jean LECOMTE, belle figure de la Résistance souvent ignoré par les historiens, mais reconnu par mon père et ses maquisards (Jeanne MOIROD, GABY… )



La liste des participants au défilé
Donc la liste du défilé que j’ai sous les yeux est la liste du Colonel ROMANS-PETIT?
Oui en effet, après un très gros travail fait par mon père. A ce sujet je me souviens d’un déjeuner avec Pierre MARCAULT que nous avons vu à Douala (Cameroun) lors d’une mission africaine où mon père lui demandait confirmation des gens en provenance de son camp.
Donc cette liste est la seule qui peut être prise en compte.

Et si quelqu’un dont le nom ne figurait pas?
C’est qu’il n’a pas participé au défilé.
Et je reprends les paroles de mon père: « Tu auras l’occasion de voir un nombre de personnes se vantant d’avoir participé à ce défilé » comme d’avoir été résistant.
Tout cela est entériné, il n’y a plus de discussion possible?
Au contraire, ne croyez pas ça. Si vous saviez le nombre de personnes qui veulent croire qu’ils ont un parent qui a défilé, vous seriez étonné.
Vous comprenez que c’est un honneur d’avoir défilé et ils donnent des lettres de noblesse à leur parent.
Voilà un cas précis :
J’avais lu sur internet un article d’une personne disant que son père « ce héros » avait défilé le 11 novembre 1943.
J’ai répondu en lui disant que je connaissais quelqu’un qui avait participé sans me présenter. Et après une rencontre je me suis rendu compte de la supercherie car rien ne concordait et le nom ne figurait pas sur la liste.
Lors de l’organisation du 70e anniversaire du défilé, en 2013, le directeur de cabinet du maire d’Oyonnax, m’a informé du nombre très important de demandes de personnes voulant représenter un membre de leur famille qui aurait participé au défilé, mais celui-ci avait la liste de mon père que je lui avais envoyée et leurs noms ne figuraient pas sur la liste.