Personnalité de mon père
C’était un homme de caractère, mais délicat, sensible et élégant.
Quand mon père arrivait dans une pièce, on était frappé par sa présence et ses yeux pétillants d’intelligence.
Mon père me disait : «lorsque tu rencontres une personne, tu la remets dans le contexte de l’époque, il sera soit un résistant, un résistant de la dernière heure, un père tranquille, un collaborateur, un milicien, un spécialiste du marché noir».

C’était un meneur d’hommes qui entrainait derrière lui ses hommes avec une vision et une stratégie.
Il était sur le terrain, visitait les camps, et il faisait remonter toutes les informations à son PC, ensuite il prenait toutes les décisions. Rien n’était fait au hasard, tout était réfléchi. Il rentrait dan les moindres détails et ensuite il agissait. Puissance de réflexion et de décision.
Dans le casting de la vie, il y a des hommes faits pour être des chefs. Un chef n’a pas besoin de dire qu’il est un chef, on le reconnait tout de suite, et mon père était de ceux-là. La qualité 1ère d’un chef est de savoir s’entourer et d’avoir des capacités de discernement.
Il était un chef incontesté, la preuve, l’affection de ses hommes. C’est pour cela qu’ils le suivaient, lui faisant une confiance totale.

Chez mon père il n’y avait aucune improvisation, tout était murement réfléchi et étudié. En ce qui concerne ses adversaires, il étudiait leur attitude et leurs méthodes que ce soit pendant la guerre ou dans la vie.
Mon père était un humaniste, en tout 1er lieu la France, les libertés et la justice sociale. C’était un homme d’une grande ouverture d’esprit sachant écouter, débattre et analyser.
Il avait l’art de vous écouter et de laisser l’impression que c’est vous qui preniez la décision. Ce qui le caractérise le mieux: COURAGE, DETERMINATION ET METHODE
Mon père plaisantait beaucoup :
Quand nous allions à un rendez-vous, en plaisantant, il nous présentait : le père, le fils et le Saint Esprit.
Un jour nous passions les formalités de police à l’aéroport d’Abidjan et passant juste après mon père, le policier me dit «ton frère vient juste de passer» et mon père de me dire «il ne t’a pas loupé».
Il ne se considérait pas comme un héros, mais comme un homme qui avait fait son devoir et luttait pour sa liberté et celle de ses concitoyens. Il ne supportait pas les ambitieux.
Il était un stratège hors pair.
Ses grandes passions: l’aviation (très bon pilote), la moto, l’opéra (il avait une très belle voix et il lui arrivait souvent de chanter des airs d’opéra dans la salle de bains) et le rugby, il jouait au poste d’ailier-droit.
Du reste quand Henry BRONCAN, célèbre entraineur du sud-ouest se rendit à Oyonnax pour un match, les joueurs de l’équipe d’Oyonnax leur dirent: «attention les gars, vous êtes sur la terre de ROMANS-PETIT». Mon père aurait été heureux de voir la pièce que les rugbyman d’Oyonnax ont réalisée en souvenir des Maquis de l’Ain sous l’impulsion de JOE EL ABD entraineur d’Oyonnax.
C’était un grand orateur, il préparait ses discours, mais ne les lisait jamais et dans de nombreux cas il improvisait.
Nous allions souvent à Madagascar pour nos activités puisque nous travaillions ensemble et au cours d’un de nos voyages, nous avions l’intention de monter une compagnie de fret, avion DC3, reliant Madagascar aux Comores. Mais un coup d’état à Madagascar nous en empêcha.
Le DC3 aurait été vendu par une société américaine que je représentais pour l’Europe et l’Afrique et qui vendait des avions d’occasion ainsi que des pièces détachées révisés FAA (Bureau Veritas américain).
Nos habitudes
Nous collaborions sur l’Afrique, ce qui nous a amené à de nombreux voyages ensemble.
Quand nous étions à Paris, nous commencions à travailler de bonne heure, nos journées étaient rythmées par un rituel: tour d’horizon des projets et stratégies à adopter en fonction de l’entreprise, ses méthodes et la personne qui en défendait les couleurs.
Vers 11h, stop obligatoire pour déguster une rondelle de saucisson avec un petit verre de vin.
Vers 13h, nous déjeunions avec ses amis issus du milieu de la résistance et l’après-midi nous mettions en place la stratégie du matin.