Les Maquis de l’Ain et du Haut-Jura
Quand mon père est arrivé dans l’Ain, il y avait quelques petits groupes de volontaires au combat, mais sans organisations aucune.
Le 1er souci de mon père a été d’élargir fortement le nombre d’hommes, de les former pour arriver ensuite au fameux Maquis de l’Ain et en faire des soldats. Pour cela il parcouru le département de l’Ain a vélo, tel qu’il me l’a raconté et une de ses décisions fut de créer une école de cadres à la ferme des Gorges.
Tout de suite il développa sa stratégie, à savoir la guérilla, qui permettait d’avoir des résultats efficaces tout en préservant la vie de ses hommes. Petits camps, 60 maquisards avec chemins de repli permettant un décrochage facile face aux troupes allemandes nombreuses et sur- armées.
Il est incontestable que les succès des Maquis de l’Ain qui non seulement ont eu les pertes les plus faibles de tous les maquis de France ont créé des jalousies.


Il commandera les Maquis de l’Ain et du Haut-Jura, et aussi devant ses succès, on lui demanda de réorganiser et commander les Maquis de Haute-Savoie de fin novembre 1943 à début mars 1944, il créa notamment une école des cadres à MANIGOD (comme il avait fait dans l’Ain à la ferme des GORGES) sous le commandement du lieutenant Louis JOURDAN JOUBERT (nommé lieutenant par mon père). Celui-ci avait bien compris la stratégie guerrière de mon père, à savoir, ayant peu d’effectifs il ne pouvait risquer de les diminuer. La stratégie consistait aux harcèlements, décrochages au bon moment pour revenir au moment opportun et frapper une nouvelle fois.
Puis il confiera le commandement de tout le département de la Haute-Savoie à CLAIR dit «Navant» et Les Glières à Tom MOREL ayant dû repartir pour rejoindre ses hommes (ses petits, comme il les appelait) à ski et malgré les contrôles, ce qui suscitait l’admiration d’Henri NOGUERE, grand résistant et historien. Lire «LES GLIERES» de François MUSARD chez Robert Laffont qui est la référence sur le sujet.

Ceux du maquis – Ici la France – 1944
Lire cette vidéo sur le site de l’INA
Document sur les camps de Cize et de Granges, deux des nombreux camps du Maquis de l’Ain. Créés en juin et septembre 1943 par Charles BLETEL et Georges BENA, ils étaient dirigés par Henri PETIT dit ROMANS. Ces images de la vie des maquisards – 60 à 70 hommes dans chaque camp – ont été filmées par eux-mêmes et sont parvenues clandestinement dans les studios de l’OFIC. Maurice SCHUMANN, porte-parole de la France Libre assure le commentaire.
Qui étaient ces intrépides résistants opérant dans l’Ain dès 1943 ? Opposés au Service du Travail Obligatoire et animés par un patriotisme ardent, ils engagèrent une lutte acharnée avec des ressources limitées contre un ennemi lourdement armé, modifiant ainsi le cours de l’histoire. Trois décennies plus tard, leur épopée continue d’imprégner les montagnes du Bugey et du Haut-Jura.
Mon père entretenait des relations d’amitiés avec Fernand DAVENAS qui a été un résistant du Maquis de l’Ain et son fils Laurent substitut du Procureur n’a pas commandé l’autopsie de Romy Schneider afin de préserver son image, un très beau geste.
Quelques maquisards du Maquis de l’Ain
PARKER
Geoffray PARKER chirurgien anglais parachuté dans les Maquis de l’Ain, du SOE. Très belle figure de la Résistance et avec lequel mon père garda des liens d’amitié très forts et celui-ci venait souvent l’été à la maison.
Il y a eu malheureusement des attitudes inélégantes à son sujet qui blessa mon père et lui même.
Richard HELSOP
Officier britannique, SOE, était toujours auprès de mon père à son PC dans l’Ain et en Haute Savoie. Son rôle a été » déterminant pour les parachutages. Mon père avait gardé des liens d’amitié et il venait nous voir à Paris, nous allions le voir aussi à Canterburry dans son pub qui s’appelait «Sliperry Sam». J’ai gardé des liens d’amitié avec son fils qui s’appelle aussi Richard.
Paul JOHNSON
Et bien sûr aussi cette très belle figure Paul JOHNSON qui était au Maquis de l’Ain et avec lequel nous déjeunions souvent à Paris et dans l’Ain. Il prit sa retraite à Chatillon-sur Chalaronne et où il faisait des concours de grenouilles.
Colonel GIROUSSE
Très belle figure des Maquis de l’Ain, très proche de mon père, c’est à lui qu’il confia le commandement des Maquis quand il partit en Haute-Savoie.
Celui-ci habitait à Ceignes, et nous nous rencontrions souvent ou à la maison ou chez lui.


Jean MIGUET
Une autre belle figure du maquis de l’Ain que nous rencontrions à la ferme Guichard, lieu où nous passions une semaine de vacances de temps à autre.
Il a été le chef du garage du Maquis.

Pierre MARCAULT
Une autre belle figure que nous rencontrions souvent à Paris et à Hauteville à la ferme Guichard. Je me souviens de ce déjeuner à Douala où mon père lui demanda de rassembler tous les éléments concernant les hommes provenant de son camp (défilé du 11/11/43), car mon père était en train d’établir la liste des hommes ayant défilé et cela lui pris au moins 2 ans pour arriver à la liste du Colonel ROMANS-PETIT, chef des Maquis de l’Ain.

Quand j’étais petit, je me souviens des histoires de MARCAULT concernant la chasse aux crocodiles qui se faisait la nuit. Il mettait un projecteur qui lui permettait de voir l’écart des yeux qui déterminait l’âge approximatif du crocodile.
Je me souviens aussi un jour en brousse, il était accompagné d’une personne qui tira sur un petit singe et le tua. La mère amena son petit qui avait été tué et le lui présenta. Je vous laisse imaginer ce qu’elle aurait pu lui dire si elle avait parlé.
Pépito LACAYO
Un fidèle et une.très belle figure de la Résistance, nous nous rencontrions souvent à Paris et pour lequel mon père avait une grande affection et quand on le voyait on ne pouvait imaginer que cet homme tout mince était le spécialiste de la neutralisation des sentinelles allemandes et comme disait mon père« on n’entendait rien»..
J’espère que sa fille lira ce passage en souvenir de son père.
Armand RUFFIER
Un des premiers à avoir rejoint mon père à la ferme des Gorges. Mon père avait une grande affection pour lui. Et mon père m’avait dit «Il avait un très grand courage». Il avait porte ouverte à Ceignes, ce qui n’était pas courant. C’est lui qui a joué le chant des partisans au saxophone lors des obsèques de mon père.
Prospère CHARVET
Prospère CHARVET lui aussi a été un grand maquisard, ainsi que sa femme qui a été torturée par les allemands.
L’Art du sabotage, la résistance en action
Je crois que les Maquis de l’Ain étaient les grands spécialistes du sabotage ?
Oui en effet, comme le disait mon père, les Maquis de l’Ain ont formé tous les cadres de dynamitage. Ils ont réalisé les plus spectaculaires sabotages pour toute la France dont le plus fameux à Ambérieu où il fut détruit 52 locomotives.
De nombreux convois transitaient par l’Ain et notamment pour acheminer du matériel aux troupes allemandes afin de lutter contre le débarquement.
Et malgré tout cela de nombreux experts ou spécialistes venaient expliquer aux Maquis de l’Ain comment faire sauter un train, c’est pour cela que mon père avait une allergie aux experts et aux spécialistes.
Les Maquis de l’Ain, c’était plutôt «mèche courte».

Votre père donnait des cours de guérilla à l’Ecole de Guerre ?
Oui, à l’Ecole de Guerre et cela jusqu’à la fin de sa vie.
Bellegarde-sur-Valserine
Les allemands devant les succès du Maquis s’en prenaient à la population civile. C’est pour cela que mon père les a informés que pour 1 civil tué, 3 allemands seraient passés par les armes. Ses intentions étaient de se servir des captifs comme monnaie d’échange. Tous grognaient. Un chef de camp lui dit « Il va falloir maintenant porter le petit déjeuner à ces messieurs, alors que quand nos compagnons comme BEZILLON, NAUCOURT ont été affreusement torturés ». Et mon père raconte « J’ai informé l’ennemi que s’il violait les lois de la guerre, nous fusillerons immédiatement les soldats allemands. Je n’ai pas eu à le faire car j’ai fait passer un message à HEINZ ECKERT qui savait que nous étions redoutables et il a freiné fortement toute exaction ».
Les Maquis de Haute-Savoie
Votre père a commandé les maquis de Haute-Savoie :
Oui, en effet, mon père a été le chef des Maquis de Haute-Savoie de fin novembre 1943 à février 1944, suite à la demande de CHAMBONNET, patron de R1, afin d’organiser les maquis. Une de ses 1ères actions fut la création de l’école des Cadres de Manigod.


Pour la diriger, il confit le commandement à Louis JOURDAN-JOUBERT, ancien sergent du 27e BCA, qu’il a promu lieutenant.
Il a inculqué aux maquisards de Haute-Savoie ses méthodes de guérilla qu’il appliquait déjà dans l’Ain: c’est-à-dire des opérations sans cesse renouvelées de décrochages pour recommencer en les prenant à revers un peu plus loin.
Ensuite mon père fait le choix du plateau des Glières et cela uniquement pour des parachutages.
En février 1944, mon père doit retourner dans l’Ain où ses maquisards sont attaqués par 3 divisions allemandes. Il partira à ski de la Haute-Savoie en passant tous les contrôles allemands avant de rejoindre ses hommes dans l’Ain.
Il remit auparavant le commandement de la Haute-Savoie au commandant CLAIR dit «Navant», qui devint le chef de la totalité de la Haute-Savoie et nomma Tom MOREL chef du plateau des Glières. Comme écrivit mon père dans la préface de François MUSARD «Les Glières» : «Le St Cyrien Tom MOREL étonnant entraineur d’hommes, si heureux de piétiner le règlement, aurait-il supporté la vie de caserne ?»
La tactique de Romans-Petit : jouer au fantôme.
« Défaite des armes, mais victoire des âmes »
Mon père m’a toujours dit qu’il aurait fuit le combat et aurait fait décrocher bien avant le contact, mais comme il me disait «il ne m’appartient pas de critiquer ceux qui ont résisté et qui ont magnifiquement illustré le courage français».

Toujours près de ses hommes pour les décorer et leur trouver du travail quand ils avaient des difficultés.
Pierre BOURCIER
Mon père honorait ses « petits » comme il a honoré Pierre BOURCIER de la Légion d’Honneur qui lui remit à la ferme GUICHARD, pour ses actes de résistance et de ses années de souffrance en déportation.
Nous allions, mon père et moi, quand nous étions dans l’Ain, chercher ce divin nectar qu’est le vin de Cerdon chez Pierre BOURCIER et qui en profitait pour rouler sa petite cigarette loin des yeux de son gouvernement.

«Il deviendra un cuisinier renommé, un être dévoué aux autres qui transformera en gentillesse et bienveillance toutes ses souffrances endurées».
Et je confirme ces paroles ayant savouré son fameux saucisson de Lyon cuit sous la braise dans du papier d’aluminium avec du vin.
Quant à sa gentillesse, regardez son joli sourire sur la photo.
Une autre figure haute en couleur, L’AMIRAL
Parmi les maquisards authentiques et hauts en couleurs, il y avait «l’AMIRAL» dit l’Arbalète à Nantua.
Il a été aux maquis et avait plaisir à me raconter cette anecdote : Il avait une troupe de SS aux fesses et pour leur échapper il n’eut qu’une solution, se cacher dans une église. Pour convaincre le curé de le cacher, il lui dit : «Si tu ne me caches pas, je fais sauter ton église».
C’est avec lui que j’ai appris à faire du ski nautique à Nantua et notamment le départ sauté du ponton en mono et j’y allais, lorsque le temps le permettait, plusieurs fois par jour. J’arrivais souvent avec des copines différentes et cela lui plaisait beaucoup. Il avait toujours des expressions imagées.
Il avait un petit estanco sur le bord du lac et louait des pédalos, des barques et vendaient des glaces, boissons, ballons…..
Parmi les habitués du ski nautique je rencontrais souvent Monsieur REYBIER, PDG des fromageries du même nom, son usine se trouvait sur la route de Bellegarde. Il était très doué et fort sympathique.
La tolérance de mon père: Pendant le tournage du film «Il y a 30 ans la libération» de Louis GROSPIERRE, lors d’une séquence, l’un des maquisards se mit à pleurer car il avait eu de grandes faiblesses et mon père qui était au courant a demandé à ce que cette scène soit coupée.