Table des matières

Pour une meilleure expérience, nous vous proposons d’écouter "Les Stentors – Le chant des partisans" durant la lecture de cet article.

Pour une meilleure expérience, nous vous proposons d’écouter "Les Stentors – Le chant des partisans" durant la lecture de cet article.

Rendez-vous avec l’histoire

Votre père avait rendez-vous avec l’histoire?

Oui, d’autant qu’il était toujours à l’heure (point d’humour comme mon père) mais plus sérieusement, oui en effet, au regard de son cheminement :

Les deux Guerres

La guerre de 14/18 dans les tranchées en tant que 2e classe (il avait devancé l’appel) et il eut une citation à l’Ordre de l’Armée pour son courage.

Télégramme à sa mère, départ pour le front de 14-18 d'Henri PETIT

N’oublions pas que mon père a été dans les tranchées, au départ en tant que 2e classe et qu’il a connu l’enfer absolu, qu’il a été gazé et il en a souffert jusqu’à la fin de sa vie. De cette expérience, il a été très près de ses hommes et soucieux de leur survie.

Lors d’un voyage à Madagascar, suivant les conseils de l’Ambassadeur à Paris, il a acheté des plantes au Zuma (marché local), qui lui firent le plus grand bien.

L’école de Saint-Cyr. Il fut admis dans les 1ers au concours et il sorti dans les derniers car il ne savait pas faire son lit au carré, et je pense que les allemands auraient préféré qu’il sache faire son lit au carré et ne soit pas le chef de guerre redoutable qu’il a été.

  • Puis retour à la vie civile
  • Ses études de droits (licence).

2e guerre mondiale: Commandement des bases aériennes de Cannes et Nice.

En décembre 1939, il commande les bases aériennes de Nice et Cannes, sous ses ordres ses avions participent à la victoire de l’armée des Alpes qui repousse l’offensive de l’armée italienne.

Au cours de son commandement, il eut des relations d’amitié avec Joséphine BAKER, qui comme lui, était de l’Armée de l’Air et résistante, ainsi qu’avec son mari Joe BOUILLON. Ils se revoyaient après guerre.

  • Appel du 18 juin.
  • Veut rejoindre de GAULLE, mais en est empêché.

Votre père a failli être arrêté par la gendarmerie?

Après avoir entendu l’appel du 18 juin, mon père au cours d’un diner au mess des officiers de la base qu’il commandait dit à ses hommes ; « je suis sûr que beaucoup d’entre vous comprennent aujourd’hui la signification du mot PATRIE, non la guerre n’est pas finie» et les 3 officiers étaient prêts à se joindre à mon père pour prendre un avion sur la base de Cannes qu’il commandait pour rejoindre Londres. Le jour du départ un seul officier se présenta et les gendarmes les attendaient.

Cette expérience dont il m’a souvent parlé, l’a amené à une prudence qu’il a gardée toute sa vie et qu’il m’a inculquée.

Entrée dans la résistance

Rejoint Saint-Étienne où il participe à la création avec Jean NOCHER du 1er mouvement de résistance de la Loire à partir d’Août 1940, il a appartenu au 1er groupe franc de la Loire, participant à leurs toutes premières fondations (Réseau ESPOIR).

Dès mai 1942 il était connu du service du contre espionnage (BCRA) à Londres et considéré comme un agent digne de foi. Voir attestation WYBOT

Attestation affectation-Henri Romans-Petit Reseau ALI-TIR

Ayant été moniteur de pilotage, il connaissait les terrains d’aviation et il répertoriait ceux-ci pour les communiquer au BCRA afin de permettre les parachutages.

Réseau ALI-TIR.

Puis départ dans l’Ain où il va créer les MAQUIS DE L’AIN.

Départ pour l’Ain

Votre père est arrivé en décembre 1942 dans l’Ain?

Oui, en effet, il venait de St Etienne où il avait participé à la création et appartenu au 1er mouvement de Résistance de la Loire.

Mon père était un agent de renseignements tel que confirmé dans le document de Roger WYBOT.

Il a donc créé les Maquis de l’Ain ?

Il a créé une organisation basée sur son expérience d’officier et il s’est entouré de St-Cyriens comme lui, et il a permis à certains sous-officiers qui de par leurs valeurs ont été promus par lui.

Votre père était le chef des Maquis de l’Ain et quelle était l’organisation ?

Il y avait des chefs de zone et aussi des chefs de camps.

Votre père a-t-il eu un second ?

Non, à son PC, la seule personne qui l’accompagnait de façon permanente était Hubert MERMET qui était un de ses gardes du corps et en qui il avait toute confiance.

Lorsque mon père prit le commandement des Maquis de Haute-Savoie, il demanda à GIROUSSE d’assurer le commandement en son absence.

SOLDATS SANS ARME

La prise de décision du 11 novembre :

Mon père a pris la décision du défilé pour obtenir l’envoi d’armes à ses maquis car comme il disait: « des soldats sans armes sont des soldats d’opérette ».

En stratège qu’il était, il planifia avec minutie le défilé, chronométrage du parcours et fit quelques réunions avec quelques-uns de ses hommes pour la neutralisation des points principaux qui pouvaient lui amener un problème.

Le résultat fut très important puisque les Maquis de l’Ain furent les Maquis les plus armés de France : 70 parachutages dans un premier temps, 7000 armes et à nouveau des parachutages.


La Croix de Compagnon de votre père a été parachutée à la prairie d’Echallon, était-ce fréquent?

Non, ce fut la seule fois qu’une décoration fut parachutée.

Votre père a-t-il proposé des personnes à l’Ordre de la Libération ?

Non, il n’a fait aucune proposition de qui que ce soit. Cela incombait au Général de GAULLE. S’il avait dû le faire, ce qu’il m’a souvent dit, la seule personne qu’il aurait proposée était le lieutenant Paul de VANSSAY, ce qu’il avait dit à sa mère lors d’une rencontre que nous avions eue mon père et moi avec celle-ci.

Lors d’une attaque, alors qu’il était encerclé par les allemands, le lieutenant Paul de VANSSAY résista d’une façon héroïque derrière son fusil mitrailleur et trouva la force, alors qu’il était gravement blessé, d’avaler des documents qui auraient compromis le maquis et cela avant son dernier soupir. Cela permit aux maquisards de pouvoir échapper aux allemands.

Le Général de GAULLE réservait la Légion d’Honneur principalement pour des faits de guerre et la distribuait avec parcimonie et quand il s’agissait des artistes,… etc. c’était l’Ordre National du Mérite.

Une note manuscrite du Général de GAULLE datée du 3 décembre 1945 atteste du caractère exceptionnel de l’attribution de la Croix de la Libération. Le Général écrit:

«On me propose des candidats qui, bien que très dignes et vaillants combattants, ne répondent pas aux conditions tout à fait exceptionnelles qui justifient l’accession dans l’Ordre.»

La baraka du Patron ?

Oui en effet, tous les gars du maquis parlaient de la baraka du patron. Prenons par exemple la rafle de Nantua.

Tout d’abord je tiens à citer mon père afin d’établir la vérité sur l’objet de la rafle. Elle a eu lieu le 14 décembre 1943 et n’est pas liée au défilé d’Oyonnax. (Historia Magazine n°82, 1969).

« Malgré les précautions prises, je redoute les représailles sur la population. Il n’y en aura pas car la rafle du 14 décembre 1943 a été décidée par les Allemands « pour injures à la croix gammée » ainsi que le stipulaient les affiches posées. Des groupes de jeunes avaient pris l’initiative d’une exhibition qui voulait être punitive. Ils avaient promené en ville des collaborateurs, pour présumés tels, après les avoir barbouillés de croix gammées »

Mais revenons à la baraka du patron. Je reprends le récit de mon père dans « Les Maquis de l’Ain», tel qu’il l’a écrit:

«Alors que je me dirige avec mon ami Léopold vers Annecy, je me heurte à un barrage le long du lac. Nous sommes fouillés ainsi que notre petite voiture. Nos papiers d’identité, faux, bien sûr, mais bien établis, sont examinés sérieusement. Nouveau contrôle un peu plus loin. Il porte surtout sur nos cartes d’identité. Heureusement, nous le saurons plus tard, ils indiquent des résidences pour l’un à Poncin, pour l’autre à Lent, c’est-à-dire loin de Nantua. Nous rangeons notre voiture dans la cour de la gare et nous entrons dans une grande salle. Ce jour-là j’ai mis des lunettes d’écaille et je porte un chapeau mou. Ma physionomie ne ressemble en rien à celle de la grande photo exposée, selon nos informateurs, à la Gestapo de Bourg et de Lons-le-Saulnier, depuis le défilé à Oyonnax. Autour de nous, de nombreuses allées et venues. Je ne tarde pas à être reconnu de quelques-uns. Il me faut tenter de sortir de là sinon la Gestapo s’intéressera à moi à sa manière. Je décide Léopold à voir l’interprète. Sa démarche n’a aucun succès. Il la renouvelle peu après et son insistance est, enfin, récompensée. Puisque nous ne sommes pas de Nantua nous sommes autorisés à nous asseoir à l’extérieur du bâtiment dans notre voiture. Nous sortons sans hâte avec un grand soulagement. A côté de nous d’autres voitures, la plus proche immatriculée en Suisse. J’incite son conducteur avec qui j’ai lié conversation à solliciter, en, sa qualité d’étranger, la permission de partir et à plaider pour nous puisque nous sommes venus pour étudier les réparations sur les lignes téléphoniques – selon mes faux papiers je suis inspecteur des P.T.T. Il parlemente avec un gros homme à lunettes, sorte de hobereau, devant lequel tous se mettent au garde-à-vous. Il revient vers nous la face illuminée – était-il Suisse ? – et nous fait signe de le suivre. Rivé à lui, nous avançons. Le barrage ne se referme pas devant nous. Je fonce. Rien. Au lieu de me diriger immédiatement vers Annecy je vais tous simplement à l’hôpital afin de déjouer les recherches éventuelles sur la route. Je suis accueilli avec stupeur et affection par le docteur Touillon, Geoffray, le directeur, les religieuses et les infirmières. Peu avant les Allemands avaient fouillé les salles où d’ailleurs, se trouvaient en traitement plusieurs maquisards. Le sang-froid de tous avait eu raison de ceux qui foulaient aux pieds avec une sorte de délectation la convention de Genève».

Je fais ici une parenthèse pour dire que mon père avait une grande estime et affection pour le docteur Touillon qui a eu un grand rôle, ils se revoyaient régulièrement après la guerre.

«Buvez du PICON, c’est bon, vous n’aurez jamais le cancer» et malheureusement il est mort d’un cancer.

Quant à Geoffray, le directeur de l’hôpital, il venait très souvent à Ceignes pour déjeuner, diner etc. et mon père me disait de lui que c’était un père tranquille de la résistance, mais qui risquait sa vie d’une façon permanente puisqu’il cachait des maquisards blessés dans son hôpital.

Fernand Geoffray me racontait souvent la plus grande peur de sa vie : se trouvant dans ses fonctions de directeur à l’hôpital, il fut mis sur un tas d’ordures par des SS, arme déjà enclenchée prêt à l’exécuter, quand il fut sauvé par l’arrivée du Major Koch (toutes mes excuses pour l’orthographe) de la Wehrmacht qui empêcha l’exécution.

Je reprends le récit :

«10 jours plus tard j’apprendrai que les bavardages redoutés avaient bien eu lieu et que les chefs de la Gestapo ne décoléraient pas contre ceux qui m’avaient laissé filer. Vers midi, au milieu des larmes et des gestes d’adieux, le train s’ébranle. Il est chargé de 130 habitants et tous âges et qui, la plupart, ne reverront jamais plus leur beau lac et ses cygnes nonchalants.»

Le capitaine de gendarmerie Verchère et Alliante adjoint au maire sont emmenés au Fort Montluc à Lyon et seront déportés après des interrogatoires tant redoutés.

Le docteur Mercier est fusillé non loin de Maillat.

Une autre fois, alors qu’il était à bicyclette, il subit un contrôle et il sort sa magnifique carte d’identité et ressort son couplet : «je suis inspecteur des P.T.T.» mais il m’a dit qu’il avait eu très chaud car le fridolin ne paraissait pas convaincu et mon père avec de grandes gesticulations lui montra les lignes téléphoniques en lui faisant comprendre «si je ne répare pas, vos chefs ne pourront plus téléphoner».

Il m’a dit «Ce jour-là, j’ai vraiment serré les fesses».


Vous aimez cet article ?

Partager sur Facebook
Partager sur X (Twitter)
Partager sur Reddit